Le Mexique moderne est né d’un mélange complexe de cultures : espagnole, indigène (notamment du Chiapas et d’Oaxaca)… et, plus discrètement, arabe. Des mots du quotidien aux tacos al pastor, l’héritage du monde arabe est partout, même si on ne le voit pas toujours au premier regard.
À retenir
- Une partie importante du vocabulaire espagnol, et donc mexicain, vient de l’arabe (environ 4 000 mots).
- Le nom de Guadalajara, deuxième plus grande ville du Mexique, est d’origine arabe : « vallée de pierres ».
- L’architecture mexicaine conserve des héritages mauresques : dômes, arcs en fer à cheval, patios intérieurs, mosaïques.
- De nombreuses épices utilisées dans la cuisine mexicaine (coriandre, cumin, cannelle, clou de girofle) ont été diffusées par le monde arabe.
- Les tacos al pastor sont directement inspirés du shawarma, apporté au Mexique par les migrants libanais à la fin du XIXe siècle.
- L’héritage arabe au Mexique est « invisible mais omniprésent », présent dans la langue, la nourriture et le paysage urbain.
Un Mexique façonné par de multiples héritages
Le Mexique moderne a été formé par le mélange de cultures espagnoles et indigènes (principalement du Chiapas et d’Oaxaca). De grandes célébrations comme le Jour des morts ou des figures religieuses comme la Vierge de Guadalupe ont des racines à la fois dans le catholicisme espagnol et dans les croyances aztèques.
Pourtant, un autre héritage reste souvent dans l’ombre : l’influence arabe, toujours vivante dans les coutumes, l’architecture et la langue du pays. Elle est le fruit d’une histoire longue qui commence de l’autre côté de l’Atlantique.
Au Mexique, certaines influences sont criantes de couleurs… et d’autres se glissent dans un mot, un arc, une épice. L’héritage arabe fait clairement partie de la seconde catégorie.
Arnaud Joly
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Héritage arabe au Mexique : la langue
L’héritage arabe du Mexique remonte aux Maures, musulmans nord-africains qui envahissent l’Espagne en 711 et y règnent pendant près de 800 ans. Ils marquent profondément la péninsule ibérique, en y introduisant des savoirs scientifiques, mathématiques et philosophiques.
Leur influence sur la langue espagnole est considérable : on estime qu’environ 4 000 mots espagnols sont d’origine arabe, soit près de 8 % du dictionnaire. On y trouve des termes très courants comme :
- jabón (savon)
- arroz (riz)
- alcalde (maire)
Même l’expression espagnole ojalá, souvent traduite par « avec un peu de chance », descend de l’arabe Inshallah – « si Dieu le veut ».
Quand on parle espagnol au Mexique, on prononce sans le savoir des centaines de mots passés par le filtre de l’arabe. La langue est un palimpseste.
Arnaud Joly
Lorsque les conquistadors espagnols se lancent à l’assaut de l’empire aztèque en 1519, ils emportent donc avec eux des siècles d’influences arabes. Même la deuxième plus grande ville du Mexique, Guadalajara, porte un nom d’origine arabe signifiant « vallée de pierres ».
Architecture : échos mudéjars au cœur du Mexique
Un voyageur du temps mauresque reconnaîtrait bien des choses dans la Guadalajara actuelle. Avec leurs dômes, leurs sols en mosaïque et leurs patios, les églises et les bâtiments publics de la ville affichent une forte influence mudéjare, ce style né de la cohabitation entre traditions chrétiennes et héritages islamiques en Espagne.
Des styles et des motifs similaires se retrouvent ailleurs dans le pays, par exemple à Cholula (centre du Mexique) ou à Chiapa de Corzo (sud). On y observe :
- des arcs en fer à cheval typiquement mauresques,
- des motifs décoratifs géométriques rappelant les zelliges,
- des cours intérieures pensées comme des oasis de fraîcheur et de lumière.
Au Mexique, il suffit parfois de lever les yeux vers un dôme ou un arc en fer à cheval pour comprendre à quel point l’Atlantique n’a jamais vraiment séparé les cultures.
Arnaud Joly
Nourriture : des épices arabes aux tacos al pastor
L’influence arabe ne s’arrête pas à la langue ni aux pierres. Elle se glisse aussi dans les saveurs mexicaines.
Certaines épices devenues classiques dans la gastronomie mexicaine ont été popularisées en Espagne par les Maures, puis transportées vers le Nouveau Monde :- la coriandre,
- le cumin,
- la cannelle,
- le clou de girofle.
Une deuxième vague d’influence moyen-orientale arrive à la fin du XIXe siècle, lorsque des immigrés libanais s’installent au Mexique. Parmi leurs descendants célèbres, on compte l’actrice Salma Hayek et l’homme d’affaires Carlos Slim.
Ces nouveaux arrivants ouvrent des restaurants et reproduisent les méthodes de préparation qu’ils connaissent, notamment le shawarma – viande rôtie à la broche, tranchée en fines lamelles.
Cette technique va directement inspirer un plat aujourd’hui considéré comme profondément mexicain : les tacos al pastor. Ce classique de la street food mexicaine, servi avec ananas, coriandre et oignon, puise en réalité ses racines dans la cuisine levantine.
La prochaine fois que vous croquerez dans un taco al pastor, pensez-y : c’est autant un morceau de Mexique qu’un clin d’œil au Moyen-Orient.
Arnaud Joly
Tableau récapitulatif de l’héritage arabe au Mexique
| Domaine | Exemples au Mexique | Origine / influence |
|---|---|---|
| Langue | Mots comme jabón, arroz, alcalde, expression ojalá | Espagnol fortement influencé par l’arabe (Maures en Espagne) |
| Toponymie | Ville de Guadalajara | Nom d’origine arabe, « vallée de pierres » |
| Architecture | Dômes, arcs en fer à cheval, patios, mosaïques à Guadalajara, Cholula, Chiapa de Corzo… | Style mudéjar et héritage mauresque passés par l’Espagne |
| Gastronomie (épices) | Usage de coriandre, cumin, cannelle, clou de girofle | Diffusion des épices via le monde arabe puis l’Espagne |
| Gastronomie (plats) | Tacos al pastor (viande à la broche) | Inspiration directe du shawarma des migrants libanais |
| Société & culture | Présence de familles d’origine libanaise (ex. Salma Hayek, Carlos Slim) | Immigration moyen-orientale fin XIXe – début XXe siècle |
FAQ – Héritage arabe au Mexique
Pourquoi parle-t-on d’héritage arabe au Mexique alors qu’il est loin du monde arabe ?
Cet héritage est indirect : il passe d’abord par l’Espagne, marquée pendant des siècles par la présence mauresque. Lorsque les Espagnols colonisent le Mexique, ils apportent avec eux une langue, une architecture et des habitudes culinaires déjà imprégnées d’influences arabes.
En quoi la ville de Guadalajara est-elle un exemple de cet héritage ?
Son nom même est d’origine arabe (« vallée de pierres »), et une partie de son architecture (dômes, mosaïques, patios) porte la marque du style mudéjar, héritier des arts islamiques en Espagne.
Les tacos al pastor sont-ils vraiment liés au Moyen-Orient ?
Oui, leur technique de préparation vient directement du shawarma, apporté par des migrants libanais. Le Mexique s’est approprié cette méthode et l’a transformée en plat emblématique, en y ajoutant ses propres ingrédients (ananas, sauces, tortillas de maïs).
Peut-on encore voir des traces visibles de l’art mudéjar au Mexique ?
Oui, dans plusieurs églises et bâtiments publics à Guadalajara, Cholula, Puebla ou Chiapa de Corzo. On y repère les arcs en fer à cheval, les azulejos, certains motifs géométriques et la conception de patios intérieurs.
Pourquoi cet héritage est-il souvent “caché” ou méconnu ?
Parce qu’il est en grande partie indirect et dilué dans d’autres influences (espagnoles, indigènes, modernes). Il ne se manifeste pas toujours par des symboles explicitement “arabes”, mais par des mots, des techniques, des formes et des goûts intégrés au quotidien.
Un héritage discret mais bien vivant
L’héritage arabe du Mexique ne se résume pas à quelques mots ou à un plat célèbre. Il fait partie du tissu même de l’identité mexicaine, tissé avec les fils espagnols, indigènes, africains et bien d’autres encore.
Ce que j’aime au Mexique, c’est que derrière chaque église, chaque assiette et chaque mot, il y a une histoire de rencontre. L’héritage arabe en est l’une des plus belles preuves.
Arnaud Joly