Matachines : Tout savoir sur cette tradition et plus encore

Les Matachines, parfois appelés Matlachines, forment des groupes de danseurs vêtus de costumes éclatants qui défilent au rythme de la musique traditionnelle. Leurs tenues, leurs masques et leurs chorégraphies en font l’une des expressions les plus spectaculaires de la culture populaire mexicaine.

Présents surtout au Mexique, mais aussi dans d’autres régions d’Amérique du Nord et du Sud, ces danseurs animent processions et fêtes religieuses, notamment celles dédiées à la Vierge de Guadalupe. Leur danse mêle héritages européens, traditions indigènes et ferveur chrétienne.

Au fil du temps, les Matachines sont devenus un symbole de dévotion et d’identité pour de nombreuses communautés. Leurs défilés colorés attirent autant les croyants que les curieux, fascinés par la richesse des costumes, la puissance de la musique et l’intensité des rituels.

Ce qui suit propose un aperçu de cette tradition : qui sont les Matachines, comment leur danse est née, quels sont leurs costumes, leur musique et la manière dont se déroulent les processions en leur honneur.

Qui sont les Matachines ?

Les Matachines sont des groupes, en général composés d’hommes, qui portent de grands costumes typiques très colorés ainsi que des masques imposants. Leur danse est connue comme une grande danse rituelle déjà présente à l’époque préhispanique au Mexique.

Traditionnellement, ces danseurs portent des « armures » et des casques, les bras et les jambes nus, avec de grands boucliers et des épées. Ils sautent et se déplacent au rythme des flûtes et des chants joués par d’autres membres du groupe, tout en criant et en faisant tourner leurs épées dans une sorte de jeu simulant des combats.

Les Mexicains apprécient particulièrement ces célébrations qui envahissent les rues de nombreuses régions du pays. Les spectateurs se rassemblent là où commence la danse pour suivre la procession, et participer à cette danse traditionnelle est considéré comme un grand honneur.

La fête débute en général par une procession qui se dirige vers le temple de la Vierge de Guadalupe. Sur ce long parcours, de nombreux danseurs en habits colorés exécutent des pas coordonnés au son des tambours, tandis qu’une personne jugée la plus vénérable porte un grand masque unique et un fouet pour effrayer les spectateurs. Ces groupes sont couramment appelés Matlachines, mais le nom de Matachines est tout aussi répandu.

Histoire des Matachines

L’origine de cette danse est liée à des traditions européennes connues sous le nom de Danzas de Conquista. Dans plusieurs pays d’Europe existaient des fêtes similaires : en France, une célébration appelée Matacinio de l’Italie, et en Allemagne, une fête connue sous le nom de Moriskentanzer.

Le mot « Matachines » provient de l’arabe Mudawajjihen, qui signifie « ceux qui s’affrontent face à face » ou « ceux qui mettent des masques ». Cette étymologie rappelle l’importance du masque dans ces fêtes. Dans certaines traditions, les Matachines sont décrits comme des bouffons qui divertissaient les courtisans.

Historiquement, ces groupes d’hommes dansaient en cercle, sautant et simulant diverses batailles avec des épées en bois, des casques et des grelots, sur des mélodies jouées à la flûte. Les récits et combats mis en scène dans ces « danses de conquête » ont été introduits au Mexique par des missionnaires catholiques, qui y voyaient un moyen de soutenir leur œuvre d’évangélisation. Les peuples autochtones se sont réapproprié ces danses en y intégrant leurs propres chants et musiques.

On considère que cette tradition a largement contribué à l’introduction du christianisme au Mexique. Au début, ces danses furent peu acceptées et les autorités vice-royales en interdirent l’exécution à l’intérieur des églises, craignant des débordements et jugeant ces rites trop païens. Elles furent alors reléguées loin des centres de pouvoir espagnols, souvent dans les maisons des chefs indigènes.

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Progressivement, les communautés indigènes y ont ajouté des éléments propres à leurs cultures, tant dans les pas de danse que dans l’accompagnement musical. C’est de ce mélange entre héritage européen et traditions autochtones qu’est née la forme actuelle de la danse des Matachines.

Vêtements des Matachines

Le costume des Matachines est issu d’un mélange d’éléments métis : habits indiens traditionnels et vêtements militaires de l’époque coloniale espagnole. Il se compose de plusieurs pièces : une chemise à coupe simple en soie ou en satin de couleurs vives ; un short arrivant au genou, également en soie ou en satin ; et la Naguilla, pièce portée sur les hanches, proche du pagne, formée de deux parties (avant et arrière) ornées de nombreux motifs, de paillettes et de frises décoratives.

Cette Naguilla comprend plusieurs rangées horizontales où sont fixés de petits morceaux de roseau auxquels pendent des éléments colorés. Les danseurs portent aussi un gilet recouvert de paillettes de différentes couleurs. Aux pieds, ils utilisent des huaraches, sandales en cuir fabriquées artisanalement, parfois complétées par plusieurs couches de tissu dont le frottement produit un rythme particulier lorsqu’ils dansent.

Le costume comprend un grand panache, fait de plumes de dinde teintées de multiples couleurs. Cet ornement peut adopter différents styles, comme le type « Apache », « crête de coq » ou des formes plus traditionnelles.

Un autre élément marquant est la couronne portée sur la tête, l’une des parties les plus visibles du costume. Les danseurs portent aussi des hochets, fixés au vêtement ou tenus à la main. La couronne est décorée de miroirs, de fleurs et de branches, en tissu, en papier ou en plastique. Une grande écharpe, ou paliacate, tombe de l’arrière de la tête jusqu’au visage, ne laissant apparaître que les yeux et le nez.

Dans la main droite, les Matachines tiennent un gros hochet qu’ils agitent sans relâche. Dans l’autre main, ils portent un éventail ou une petite palme (Palmilla) ornée de rubans colorés, de tissus ou de fleurs en plastique. Ces objets sont appelés Sikawa, mot d’ancienne langue indigène signifiant « fleur ». Ils symbolisent le bien au-dessus de tout. Dans certaines légendes, les Matachines sont considérés comme des soldats de la Vierge, chargés d’étendre son influence par la danse pour vaincre le mal.

Musique typique

La musique qui accompagne la danse des Matachines repose principalement sur le violon et le guitarrón. Chez certains peuples autochtones, comme les Tarahumaras, le violon est appelé Ravel. Le guitarrón est un instrument à sept cordes : trois cordes graves en haut et quatre cordes aiguës en bas, suivant un ordre hérité de l’époque coloniale. Chaque corde se voit attribuer un numéro servant de repère pour le chant, les trois premières étant associées aux voix masculines et les quatre suivantes aux voix féminines.

Le nombre de musiciens est variable, mais il faut au minimum un duo guitare–violon. Le violon tient la partie mélodique principale, tandis que le guitarrón marque le rythme. À ces instruments s’ajoutent les hochets des danseurs, qui font partie intégrante du paysage sonore de la fête et accentuent les pas et les mouvements chorégraphiques.

La danse traditionnelle des Matachines

La danse des Matachines suit une chorégraphie stricte. Les pas, marqués de façon binaire ou ternaire, se font avec le corps droit et la plante des pieds bien ancrée au sol. Le dessin général de la chorégraphie est appelé « croisements », car il implique des échanges constants de positions et de rangs entre les danseurs.

Une autre figure importante est celle des « vagues » : les danseurs se déplacent d’un rang à l’autre, en contournant la première personne de la rangée, puis inversement. Les tours sur soi-même complètent ce vocabulaire chorégraphique et donnent à la danse son dynamisme.

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La danse débute lorsque tous les participants se rangent dans la cour ou l’atrium de l’église, face à la grande croix. Les instruments se mettent alors à jouer, les danseurs secouent leurs hochets, et les Matachines exécutent les figures minutieusement préparées. Les rangs se déplacent autour de la croix pour la saluer et lui rendre hommage, en marquant les quatre points cardinaux.

Après ce moment, les danseurs entrent dans l’église pour saluer les images sacrées, en signe de respect et de ferveur. Une partie d’entre eux forme alors deux lignes, au sein desquelles certains, placés aux extrémités, sont appelés capitaines. Choisis pour leur maîtrise et leur expérience, ils montrent l’exemple et guident les autres danseurs.

L’organisation du groupe suit deux formes : deux capitaines à l’avant de la procession et deux à l’arrière, encadrant deux rangées de danseurs pouvant compter jusqu’à une dizaine de personnes ou plus, accompagnées des guitaristes, violonistes et batteurs. Les capitaines majeurs donnent le départ des danses, que les autres suivent scrupuleusement. Les musiciens, eux, sont habillés de façon ordinaire, sans costume spécifique.

Une personne joue aussi un rôle clé : le « vieil homme de la danse ». Il dirige l’ensemble, organise les répétitions, veille aux costumes et accessoires, et ouvre le chemin pour laisser passer la procession. Les danses peuvent se prolonger toute la nuit : après neuf danses, une pause permet aux participants de se reposer et d’éviter les crampes.

Au matin, on distribue un bouillon appelé Tónari, préparé avec du bœuf sans sel. Après ce repas et le petit-déjeuner, les Matachines reprennent la danse. La cérémonie se conclut par une dernière chorégraphie : les danseurs se font face en deux rangs, échangent des coups symboliques avec leurs épées et créent un lien entre eux par leurs pieds. Cette dernière figure est aussi exécutée à l’intérieur de l’église et marque la fin de la fête.

Déroulement de la procession

Les célébrations des Matachines sont toujours accompagnées de processions auxquelles participent les autorités de la communauté et les Tenanches, des enfants qui représentent les images sacrées, ainsi qu’un grand nombre de fidèles.

La procession s’ouvre par trois chorégraphies des Matachines, menées par les musiciens. Les prêtres de chaque localité célèbrent plusieurs messes au cours de la fête. Un élément important de cette célébration est le Nawésari, ensemble de sermons prononcés par les autorités pour rappeler la bonne conduite à adopter, le travail au fil des années et l’importance culturelle de cette fête pour la communauté.

Matachines du Mexique

La danse des Matachines a une profonde signification religieuse, enracinée dans les anciennes coutumes des peuples préhispaniques qui dansaient devant leurs dieux pour les honorer. Cette tradition s’est diffusée jusqu’aux Tlaxcaltecas, déplacés de leurs terres par les colonisateurs, et s’est peu à peu transformée en un acte religieux collectif.

Les membres des groupes de danse sont en général choisis à l’avance. Certains sont élus par la communauté, d’autres rejoignent les Matachines par pénitence ou pour accomplir une promesse faite par leurs parents ou pour leurs enfants, promesse qui peut durer toute une vie. Le nombre de danseurs varie selon les groupes.

Les danses sont organisées autour d’un Manda, représentant le centre et la tête de la fête. Il est en général associé au saint patron du lieu où se déroulent les danses. Lorsque le groupe se rend au temple, il avance avec le « pas de chemin », deux groupes étant chargés de mener les pèlerinages.

Chaque groupe de danseurs tient à son propre style, transmis de génération en génération et fortement marqué par le folklore local. Les pas sont souvent vigoureux et exigeants, ce qui fait de la danse des Matachines l’une des plus intenses et des plus colorées des festivités mexicaines.

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Les Matachines dansent en l’honneur de la Vierge de Guadalupe, patronne du Mexique. Cette fête représente un haut degré de croyance religieuse, faite de prière et de dévouement. Pour de nombreux fidèles, le pèlerinage des Matachines relève presque du miracle : la danse dure des heures, souvent sous un soleil écrasant, sans que les participants ne boivent une goutte d’eau.

La tradition est aujourd’hui très vivante. Il existe de nombreux groupes de Matachines, réunissant des enfants comme des adultes. Les Mexicains insistent sur le fait que cette danse ne disparaîtra pas, car elle continue à être transmise de génération en génération. Le sérieux de la cérémonie est frappant : il est fortement déconseillé de parler ou de rire pendant la danse, chacun devant rester concentré sur le rituel, considéré comme une louange adressée à la Vierge.

Vierge de Guadalupe

La Vierge de Guadalupe, aussi appelée Notre-Dame de Guadalupe, est au cœur de la fête des Matachines. Apparition mariale d’origine mexicaine, elle est vénérée dans la basilique de Guadalupe, située au nord de Mexico, sur la colline de Tepeyac.

Dans le cadre des danses des Matachines, l’image de la Vierge de Guadalupe est l’élément central : toute la fête lui est dédiée, ainsi qu’aux miracles qu’elle est censée avoir accordés aux habitants du Mexique. Depuis son apparition jusqu’à aujourd’hui, les Matachines célèbrent sa grandeur et sa pureté.

La Vierge de Guadalupe a sa propre fête le 12 décembre, date à laquelle des millions de personnes se rassemblent pour l’honorer. Elle est considérée comme la sainte patronne du Mexique et la Vierge la plus importante du continent américain.

Selon la tradition, la Vierge serait apparue à quatre reprises à San Juan Diego de Cuauhtlatoazin, lié à la colline de Tepeyac. Elle lui aurait demandé d’aller voir le premier évêque du Mexique. Juan Diego aurait emporté des fleurs cueillies à Tepeyac, comme elle le lui avait ordonné. Lorsque les fleurs furent montrées à l’évêque, une image de la Vierge Marie, aux traits de femme latino-américaine, serait apparue sur le manteau de Juan Diego.

Pour de nombreux Mexicains, le culte de la Vierge de Guadalupe est l’une des croyances les plus profondément enracinées dans l’histoire du pays. Bien que principalement associée au Mexique, sa dévotion s’est étendue à d’autres régions du monde.

On raconte que la Vierge se manifeste pour transmettre un message à chacun de ses fidèles, souvent accompagné de signes et d’événements considérés comme surnaturels. Elle utiliserait parfois des personnes comme messagers, leurs paroles étant renforcées par ces signes. Depuis le XVIe siècle, des scientifiques, croyants ou sceptiques, se sont intéressés à l’image de la Vierge de Guadalupe et à son manteau, certains estimant que ces éléments présentent des caractéristiques difficiles à expliquer.

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Arnaud Joly

Writer & Blogger

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