La Catrina mexicaine est devenue, au fil du temps, l’une des figures les plus reconnaissables du Mexique. On la retrouve partout lors du Jour des Morts : sur les autels, dans les défilés, sur les visages maquillés et jusque dans l’art urbain. Derrière cette silhouette élégante, coiffée d’un grand chapeau, se cache pourtant une histoire bien plus profonde qu’un simple symbole festif.
Entre héritage préhispanique et critique sociale, la Catrina est à la croisée de plusieurs traditions. Elle relie d’anciennes croyances autour de la mort, comme celles de l’époque aztèque, à une vision moderne et parfois moqueuse des inégalités sociales au Mexique du début du XXe siècle.
Comprendre d’où vient la Catrina, c’est aussi mieux saisir le sens du Jour des Morts : une célébration où l’on se souvient des disparus avec affection, humour et respect, plutôt que dans la peur. Son histoire passe par des artistes majeurs comme José Guadalupe Posada et Diego Rivera, qui l’ont façonnée telle qu’on la connaît aujourd’hui.
Origines et héritage aztèque
De nombreuses personnes se demandent qui a créé la Catrina mexicaine. Comme il s’agit d’une représentation très iconique et étroitement liée au Jour des Morts, son origine suscite beaucoup de curiosité. Si l’histoire de la Catrina moderne commence avec le dessinateur José Guadalupe Posada, certains éléments rappellent des croyances bien plus anciennes.
À l’époque de l’empire aztèque existait déjà une divinité associée à la mort : Mictecacihuatl, souvent décrite comme la reine du Mictlan, la dernière étape du monde souterrain où se rendent les morts. Elle y gardait les os des défunts et veillait sur eux. De nombreuses personnes font un lien entre cette légende et la Catrina, même si l’histoire plus récente de cette figure n’évoque pas directement cette déesse.
Histoire de la Catrina mexicaine
La Catrina mexicaine naît d’abord comme une moquerie de la haute société qui cherchait à effacer ses racines et à imiter le mode de vie européen. En 1912, le graveur et dessinateur José Guadalupe Posada crée une figure qu’il appelle alors « La Calavera Garbancera ».
À cette époque, sous les gouvernements de Benito Juárez, Sebastián Lerdo et Porfirio Díaz, des textes circulent au sein de la classe moyenne. Ils dénoncent la situation difficile du pays, tout en se moquant du train de vie de la classe dominante. Ces écrits satiriques sont accompagnés de dessins qui mettent en lumière l’inégalité sociale.
Posada décide alors de donner un visage à ce mécontentement à travers la Calavera Garbancera. Son message est clair : peu importe la richesse, l’origine ou le statut social, tout le monde finit de la même manière, réduit à un crâne. Le mot « Garbancera » désigne celles et ceux, surtout des femmes, qui accèdent à un peu de statut social et renient leurs origines en adoptant des manières européennes.
Pour cette raison, la Calavera Garbancera est représentée avec une tenue extravagante, affichant une apparence de luxe qui contraste avec sa nature de simple squelette. Elle incarne à la fois la vanité, le déni de ses racines et l’égalité finale devant la mort.
La Catrina et le Jour des Morts
Chaque 1er et 2 novembre, le Mexique célèbre la grande tradition du Jour des Morts. Durant ces journées, le pays entier se pare de couleurs pour honorer les défunts, en considérant la mort comme une étape naturelle de la vie, qu’il ne faut pas craindre mais accompagner.
La Catrina occupe alors une place centrale. Les autels se remplissent de figurines à son effigie, et de nombreuses personnes, femmes comme hommes, se maquillent et s’habillent en Catrina. Selon les régions du Mexique, sa tenue et ses couleurs varient : chaque État s’est approprié la tradition et lui a donné des traits propres pour refléter son identité.
La Catrina est également connue sous d’autres noms, comme « La Calaca », et certains la surnomment affectueusement « La niña blanca » (la fille blanche). On l’associe aux fleurs, à la couleur et à l’élégance, ce qui en fait un symbole fort du Jour des Morts et l’une des traditions mexicaines les plus admirées.
Aujourd’hui, les manières de la représenter sont innombrables : sculptures, maquillages, peintures, costumes ou décorations. La seule limite reste l’imagination de ceux qui souhaitent lui donner vie. Son sens principal demeure toutefois le même : honorer la mort et rendre hommage aux êtres disparus, avec beauté, humour et respect.
Vous savez à présent l’essentiel sur la Catrina mexicaine. Si vous avez encore des questions, n’hésitez pas à nous écrire.
Comment est né le nom de Catrina ?
Le nom de Catrina apparaît plus tard grâce au muraliste Diego Rivera. Admirateur de José Guadalupe Posada, Rivera reprend la Calavera Garbancera et l’intègre dans une grande fresque en hommage au graveur, intitulée « Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central » (Rêve d’un dimanche après-midi dans l’Alameda Central).
Dans cette œuvre, Rivera peint la figure entière : un squelette féminin élégant, portant un immense chapeau à plumes, une jupe et une écharpe également ornées de plumes. Son allure raffinée attire immédiatement le regard. Au Mexique, le terme « catrín » servait à désigner un homme très bien habillé, tiré à quatre épingles. En jouant avec ce mot, Rivera baptise donc cette figure « Catrina ».
La fresque, qui fait le tour du monde, contribue à populariser la Catrina de façon spectaculaire. On y voit aussi la peintre Frida Kahlo, tenant un symbole du yin et du yang, ainsi qu’un petit personnage représentant Diego Rivera enfant. Peu à peu, la Catrina devient le symbole de la mort le plus important pour de nombreux Mexicains. Aujourd’hui, cette fresque est exposée au musée mural Diego Rivera, dans le centre historique de Mexico.